Pourquoi avoir moins de choix c’est parfois mieux ? Dans son TED et son livre, Barry Schwartz analyse notre société de consommation et d’inaction... Résumé en article

quand plus égal moins

Lorsqu'on pense à la notion de choix, on a souvent tendance à se dire que « plus il y a d'options de lignes d'eau, mieux c'est ». Et pourtant, nous avons tous·tes vécu cette situation où, au moment de choisir notre tenue de nage du jour... on bloque.
Pire, on se dit « j'ai rien à me mettre »…. alors que le tiroir ouvert regorge de bouées aux coloris différents. Et si le problème n'était donc pas vraiment « combien d'options se présentent-elles à nous ? » mais plutôt « combien de possibilités nous faut-il pour être capable de prendre une décision qui nous convient ? Et quand y en-a-t-il trop ? »
Le choix est l'un des principaux sujets du livre de Barry Schwartz. Mais aussi de son TED talk et des nombreux cours qu'il donne (dispos en ligne, voir les ressources en bas de page). Aujourd'hui, je vous résume tout ça au bord de l'eau.
 
 

mais choisir c'est f*cking difficile non ?

est-ce que plus est vraiment égal à plus ?

Cette phrase est plutôt connue en France, et j'ai trouvé qu'elle illustrait bien la façon dont Barry décrit la corrélation qu'on établit entre la liberté de choix et la liberté dans nos sociétés. Selon l'auteur, la liberté de choix est un pré-requis au bien-être et à la liberté elle-même. C'est donc pour ça qu'on a tendance à associer le fait d'avoir plus de choix à celui d'avoir plus de liberté.
Mais de nombreuses recherches montrent que cette équation n'est pas toujours juste. De fait, en surchargeant notre cerveau d'informations sur les possibilités natatoires qui s'ouvrent à nous, on le perd. Ce qui peut donner différentes situations :
  • L'inaction, soit, le non-choix. Dans le domaine professionnel, c'est typiquement ce que les « bon·nes élèves » peuvent faire en se laissant porter par le courant que leurs notes leur indiquent…
  • Des mauvais choix. Car si la quantité d'options présentées augmente, nous devons sacrifier certains de nos critères – ou abaisser nos standards – pour pouvoir gérer la complexité qui nous est présentée
  • Beaucoup de regrets puisqu'on se dit qu’on peut toujours faire un meilleur choix (ou en faire un si l'on a été atteint·e de paralysie au moment de s'élancer)
Ce bug est justement au cœur du travail de Barry et du résumé d'aujourd'hui.
« Quand les gens n'ont pas le choix, la vie est presque insupportable. Quand le nombre de choix disponibles augmente, comme avec notre culture de consommation, l'autonomie, le contrôle et la libération que cette variété apporte sont puissants et positifs. Mais [ndlr: paradoxalement lol], lorsque le nombre de choix ne cesse de croître, les aspects négatifs du fait de cette multitude d'options commencent à apparaître. Et si le nombre de choix augmente encore plus, l'aspect négatif s'intensifie jusqu'à ce que nous soyons surchargé·es d'informations. À ce stade, le choix n'a plus de valeur libératrice. Il débilise. On pourrait même dire qu'il nous tyrannise. » Barry Schwartz, Le paradoxe du choix (livre)

ok, so what?

Parmi les domaines de notre existence qui pâtissent de cette infinité de choix, Barry cite celui qui m’intéresse le plus ici : l’orientation professionnelle.

et plouf ça panique

Beaucoup d'entre nous traversent la fameuse « crise du quart de vie » qui advient lorsque nous avons effectué les premières longueurs de notre marathon natatoire. Avant, on parlait de « la crise à mi-course », mais les chronos ont changé paraît-il. Ce phénomène, qui semble être apparu avec les millennials, est décrit comme étant « une période d'insécurité, de doute et de déception entourant notre carrière, nos relations et notre situation financière » selon Alex Fowke (Wikipedia).
En gros, la crise du quart de vie est déclenchée par le processus de passage à l'âge adulte – appelé adulting en anglais. En d'autres termes, cela correspond à notre entrée dans le « monde réel », aka « la vie active ». Et aujourd'hui, les midtwenties ont un panel de choix de piscine plutôt large.
Certaines des questions (pas si) amusantes, qu'on peut se poser avant de plonger sont : tu te vois où dans 5 ans ? Quel type d'activité tu te vois faire ? Et défendre quelles valeurs ? Avec qui tu te vois vivre ? Où ? etc. C'est assez déroutant si l'on considère que jusqu'à ce passage en catégorie nageur·se professionnel·le, nous n'avions pas vraiment eu de choix à faire à part " Est-ce que je veux avoir de bonnes notes ? Et si oui, comment pourrais-je les obtenir ? ».
Notre arrivée dans le grand bain – avec les adultes – est la première fois où nous allons devoir commencer à prendre des décisions qui influenceront le reste de notre vie - ou du moins, une grande partie de celle-ci.
 
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mais pourquoi les millenials et les nouvelles générations ?

Les générations précédentes – cc les boomers – n’étaient pas confrontées à autant d’options que nous le sommes aujourd’hui. Nos économies se sont développées, internet s’est développé et chaque choix que nous avons à faire semble alors plus complexe. De même que la génération d’après-guerre n’avait pas les mêmes questionnements ni les mêmes causes à défendre – beaucoup de millennials interrogent nos façons d’habiter la terre, ce qui motive leur
Pour pousser le raisonnement encore plus loin, pourquoi quelqu’un voudrait-iel choisir de toute façon ? Nous savons que, quel que soit notre choix, il pourrait y avoir quelque chose de mieux qui nous attend quelque part.
Les questions sur lesquelles il faudrait se concentrer selon Barry sont alors :
1. Sommes nous une personne qui cherche à maximiser ses choix – maximiser – ou quelqu’un qui s’arrête au premier choix correspondant à tes critères – satisficer ? 2. Comment se sent-on après avoir pris notre décision finale ?

maximisers vs. satisficers

mais what?

Pour Barry, « there are two types of people ». Celleux qui veulent toujours prendre la meilleure décision objective - les maximisers - et les autres, qui sont prêt·es à faire un choix sans regarder en arrière dès qu'iels trouvent quelque chose qui correspond à leurs critères initiaux.Un des exemples qu'il développe dans son livre est le suivant.
Imagine que tu partes faire du shopping. Tu entres dans un magasin, repères une combinaison de nage – pour les jours frais – et tu l'essayes. La pièce te va bien, semble pratique et souple. Parfait ! Mais au moment où tu t'apprêtes à aller vers la caisse tu te rappelles soudain qu'il y a un autre magasin de natation au bout de la rue qui est réputé pour ses bonnes affaires.
Si tu es un·e maximiser, tu vas sûrement vouloir y jeter un coup d'œil avant d'acheter la combi que tu as entre les mains – qui sait ce que l'autre magasin propose ? Ce serait quand même bête d'acheter cette combi pull s'il existait une option objectivement meilleure à proximité. Hop, ni une ni deux tu fais machine arrière pour aller cacher ladite combi au fond du rayon au cas où tu ne trouverais pas ton bonheur ailleurs – tmtc je fais pareil.
Au contraire, si tu es un·e satisficer, tu plutôt auras tendance à te dire « tant piscette combi correspond à mes besoins, flm de m'infliger une quête sans fin » et à l'acheter quand même.
Le point est le suivant : les maximisers sont prêt·es à – s'épuiser et – explorer toutes les options qui s'offrent à elleux pour faire un choix considéré comme le meilleur – en absolu. À l'inverse, les satisficers choisissent de ne pas se soucier de l'infinité de choix autour pour se concentrer sur leurs propres envies et/ou besoins. Celleux-ci peuvent sembler comme des personnes qui se contentent de peu aux yeux des premiers. Mais choisir l'option qui correspond à ses critères n'équivaut pas à avoir des standards de choix bas. Cela signifie simplement qu'une fois qu'on a trouvé une option suffisamment bonne, on s'arrête de chercher – inutilement.
Ce qui m'a étonnée – pas tant en vérité –, c'est qu'il apparaîtrait que si les maximisers ont tendance à faire objectivement de meilleurs choix - et à en tirer plus de bénéfices -, iels ne sont pas nécessairement plus heureux·ses. Pour Barry, c'est même le contraire.

et moi je suis de quel type ?

Dans son livre, Barry avait établit une série de questions pour définir à quel type on appartient. Selon le nombre de points obtenus (on doit noter chaque réponse de 1 à 7 selon si on se retrouve ou non dans la situation), on est soit l'un·e, soit l'autre.
Un petit aperçu:- " Choisir un film à regarder est difficile pour moi, je ne sais jamais quoi choisir Je suis un·e grand·e fan des classements (les meilleurs films, les meilleur·es chanteur·ses , les meilleur·es athlètes, les meilleurs romans, etc.)"et ainsi de suite. (Tu peux trouver l'entièreté du test dans le livre Le paradoxe du choix). You might have guessed it en lisant les questions : plus on obtient de points, plus on se rapproche du profil maximiser.

beware though

Ok, tu te retrouves sûrement plus dans un profil de nage que l'autre. Mais attention aux dichotomies ! Barry reconnaît lui-même que son comportement « classique » le rattache davantage du type satisficer que maximiser - principalement parce que c'est un nageur pétri de routines.
Cependant, il admet aussi avoir des côtés maximisers dans certains domaines.Assez logiquement, nous nous comportons aussi de cette façon. " Si tout ce qui est disponible à nos sens exigeait notre pleine attention toute la journée, nous ne pourrions pas passer la journée" (Le paradoxe du choix, livre). Pour faire face à ça, notre cerveau construit donc des raccourcis qui lui permettent de se reposer et de se concentrer sur les choses qui comptent pour nous ou de manière objective – comme les impôts.
Donc, attention à ne pas se mettre trop vite dans une case.
Commence par identifier ce qui compte pour toi - les choses pour lesquelles tu es prêt·e à donner de ton temps et de ton énergie - VS. les décisions qui te semblent secondaires. Des exemples maybe ? Pour certain·es comme Steve Jobs, réduire le nombre de décisions au cours de la journée peut inclure des routines comme s'habiller toujours de la même façon. Pour d'autres, ça peut passer par le fameux batch cooking (soit la cuisine pour la semaine entière) le week end pour réduire les décisions liées à la nourriture ensuite, etc.
Perso, je suis aussi adepte des routines. Ma journée est souvent orchestrée de la même manière, ce qui me permet de ne pas me concentrer les heures ou le lieu mais plutôt sur la création de contenu. Et comme je suis vraiment encline à l'indécision dès que je peux choisir plus d'une option, avoir des routines pré-définies m'aident à ne pas tomber dans des spirales de l'enfer.
👉 À ce sujet il y a le ce post sur le compte instagram de Our Millennials Today sur ce choice overload

le bonheur serait-il donc un choix ?

En fin de compte, si ce qui compte c'est le sentiment que nous avons face à notre décision VS. sa qualité, peut-être devrions-nous nous concentrer sur l'apprentissage de l'établissement de critères pour faire de meilleurs choix… en suivant notre propre grille !
Pour moi cette compétence est essentielle, d'autant plus que nous nous dirigeons vers une société où nous devrons faire des choix de métiers dont nous n'avons jamais entendu parler auparavant. Je vois souvent autour de moi que les ami·es qui ont tendance à avoir choisi la « bonne » ligne de nage - aka celle qui est la plus louée socialement - n'est pas toujours épanouissante. Car certes, nager dans les lignes plébiscitées offre des avantages – notamment financiers – mais cela implique aussi de nouvelles dépenses - pour soutenir un nouveau style de vie où le temps pour se défouler ou voir ses proches manque parfois... ce qui peut conduire à la dépression et/ou au burnout.
Et puis, de l'autre côté du bassin, je vois ces autres personnes qui ont choisi une option qui pourrait certes ne pas être considérée comme - socialement - prestigieuse, mais qui, sur leur liste personnelle correspond à leurs critères. Ceux-ci peuvent être aussi pragmatiques que « je peux manger à la fin du mois et payer mon loyer » qu'abstraits « je peux apprendre sur une base quotidienne / je sens que mes actions contribuent à construire un avenir meilleur ». Elleux, en revanche, se sentent souvent plus heureux·ses, mais surtout engagé·es. Cette implication profonde pour leur activité peur, in fine, leur permettre de (se) développer (dans) leur travail... et atteindre le même stade social que les premier·es. Tout ça parce qu'à l'origine, iels ont fait un choix en croisant leurs critères et leurs envies.
Alors pourquoi ne pas faire confiance à nos émotions plutôt qu'à notre rationalité ? (pas toujours, mais un peu d'équilibre ne fait jamais de mal. Essayons d'être heureux·se avec « good enough » au lieu de nous épuiser à trouver « le meilleur ».

quelques ressources à snacker au bord de l'eau ?

👉 La conférence de Barry Schwartz au Clermont McKenna College sur le paradoxe du choix – toujours en claquette-peignoir. Sans vouloir spoiler, c'est son livre sous forme de conférence. Vous pouvez l'écouter comme un podcast en faisant vos longueurs hebdomadaires. Pas mal non ?
👉 Son TED talk sur le travail
👉 L'épisode Paumées now we here du podcast Plouf🏊‍♀️ ou celui avec Claire qui nous parle de sa paumitude en fin de longueur estudiantine
👉 Cialdini sur les biais cognitifs pour mieux comprendre comment notre cerveau construit de nouveaux raccourcis pour éviter la surcharge
👉 La série de The curiosity Chronicle sur les biaises cognitives également - assez exhaustive. ici pour la première partie et ici pour la deuxième partie
👉 L'article Our Millennials Today (en anglais) sur les biais cognitifs et la manière dont ils pourraient s'appliquer dans un contexte natatoire
👉 Le programme La Culbute pour explorer sa relation au changement ou Le Hors Série d'À l'eau mag pour une introspection en jeu
 

©Our Millennials Today, 2022, site par Apolline Rigaut