Demain, nous exercerons entre 13 et 15 métiers dans notre vie professionnelle. Comment encore parler de « faire carrière » dans ce contexte ? Quels bénéfices y a-t-il encore à cela ?

t’as dit « carrière » ?

Depuis ce matin, une question me taraude : « d’où vient la notion de carrière ? » Comme je ne peux pas rester trop longtemps éloignée de ce qui me fait flotter (j'ai nommé le latin même si notre relation est la définition même de l’amour unilatéral), j’ai ouvert le Gaffiot pour me plonger dans l’étymologie de ce terme si controversé aujourd'hui.
Je n’ai pas été déçue. Carrière vient de « char », et par extension, la voie que l’on emprunte à son bord.
La définition de l’Académie Française complète celle du Gaffiot. Voyez plutôt 👇
XVIe siècle, « espace où l’on fait courir les chevaux ». Emprunté de l’ancien provençal carriera, « rue », du latin populaire (via) carraria, « voie pour les chars », dérivé de carrus, « char » Académie Française
 
Grande nouvelle donc : l’approche que nous avons de nos trajectoires pros vient de l’équitation, pas de la natation - déception. Mis à part cette différence de moyen de locomotion, le concept est le même. Le chemin est tracé, tout ce qu’il reste à faire est d’avancer dans cet espace pré-défini. Le défi ? Passer les checkpoints avec plus ou moins de panache, comme tout compétiteur·rice qui se respecte.
Parler carrière serait donc avant tout avoir une lecture verticale de sa vie pro. Tout ce qui importerait étant : gravir les échelons du plongeoir pour surplomber la piscine de son statut social / salaire etc. à la fin de sa carrière.
Perso, il y a une raison pour laquelle je préfère la nage en eaux libres aux piscines classiques : le terrain de jeu est étendu.
 
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les prochaines générations exerceront entre 13 et 15 métiers en une vie, vs. entre 5 à 13 fois aujourd'hui (Pôle Emploi)

« c’était mieux avant »

C’est vrai, ça, on faisait comment « avant » ?
À l’époque, faire carrière c’était quand même un truc de dingue. On se souvient tous·tes de Rastignac qui « montait à Paris » pour y devenir un boss du dos crawlé (👋 les cours de français). D’ailleurs, on avait toujours l’impression que si l'on ne partageait pas son ambition, grand était le risque de se faire couler en pleine séance et finir comme le père Goriot, son pendant déclinant. Faire carrière – à l'ancienne – c'est donc progresser, de préférence de manière rapide.
On peut aussi avoir en tête nos parents et les générations précédentes qui exerçaient une activité pendant leur vie pro. Passer 20 ou 30 ans dans le même bassin était monnaie courante. Les parcours dits « atypiques », anecdotiques.
Aujourd’hui, le contexte a changé. La quatrième révolution industrielle (du numérique) nous a plongé dans l’incertitude, et l’adaptabilité est devenu notre meilleur atout (comme en parlait Anaïs dans cet épisode de Plouf🏊‍♀️). Selon Pôle Emploi, 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore et les futures générations de nageur·ses à se lancer dans le grand bain exerceront entre 13 et 15 activités différentes.
De quoi questionner notre référentiel initial.
 
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Aux US, les 3/4 des jeunes diplômé·es exerceront un métier sans rapport avec leurs études (source : design your life)
 

et si faire carrière c’était partir en live ?

Avant, la linéarité faisait loi, et l'on admirait les nageur·ses dont la carrière se parait d'or. Mais dans les métiers sportifs comme le monde du travail actuel, le changement arrive plus vite qu'on ne le pense. Que l'on parle de crampe, de crise sanitaire ou encore de surentrainement, concevoir sa vie professionnelle « à l'ancienne » devient difficile, voire inconcevable.
La multiplicité des lignes de nage qui s’ouvrent à nous aujourd’hui me font me demander : et si l’on concevait désormais la carrière de manière horizontale et non plus verticale ? Si, au lieu de s’évertuer à monter les échelons on se concentrait sur l’exploration, la transversalité ?
En creux, cela interroge également la notion de spécialisation VS. l’adaptabilité. Apprendre oui, mais apprendre à apprendre semble d’autant plus nécessaire pour faire face aux changements qui se profilent.
De quoi repenser – aussi – la notion de cohérence et – pourquoi pas – de réussite.
 

👀 so what?

Vouloir faire carrière à tout prix semble désuet. L’essentiel est avant tout de définir ce qu’est, pour nous, la réussite avant de s’engouffrer dans une compétition natatoire qui ne nous correspond pas.
Et si pour toi, faire carrière c’est arriver à tester plein de choses, alors go.
 

Aller plus loin

👉 Lire la newsletter sur le mérite, où on parle réussite (et carrière)
👉 Écouter le podcast Plouf 🏊‍♀️ pour découvrir les profils de celleux qui se posent des questions dans le grand bain de l'orientation et plus particulièrement celui avec Inès sur « comment s’orienter quand tout nous intéresse » ou celui avec Isis sur le multiptentialisme
 
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Tu es en phase de changement et/ou tu te poses des questions sur ta transition professionnelle / perso à venir ? Viens explorer tout ça dans le programme La culbute pour swimmers paumé·es. Introspection, fun et exercices garantis
 

©Our Millennials Today, 2022, site par Apolline Rigaut